Facteur de flûte passionné, Philippe BOLTON a souhaité scanner et reproduire deux flageolets, un du XVIIIème et sa copie moderne

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Malgré sa grande expérience, l’un des instruments ne permettait pas d’être démonté pour prendre les mesures précises. Il s’est donc adressé au Pôle Recherche et Innovation qui l’a orienté vers l’imagerie tomographique.
Il nous expose ici l’histoire qui l’a amené à utiliser cette technique…

 

ITEMM : Vous êtes facteur de flûtes depuis le milieu des années 70, vous êtes également formateur et vous réalisez beaucoup de recherches autour des instruments anciens pouvez-vous nous dire quelles sont aujourd’hui vos activités principales ? Celles qui vous occupent le plus et/ou celles qui vous enthousiasment les plus ?

PB : J’ai créé mon entreprise de fabrication de flûtes à bec dans le Vaucluse en 1978. Le renouveau de la musique baroque était alors en plein essor. Passionné de cet instrument depuis mon enfance, j’ai décidé d’en faire mon métier. Pendant quelques années je n’ai fabriqué qu’un seul modèle de flûte, mais il m’a progressivement semblé important de diversifier ma production. Aujourd’hui je fabrique des copies de plusieurs instruments anciens, mais j’ai également développé des modèles de conception personnelle, inspirés de l’iconographie ou de besoins musicaux spécifiques, pour lesquels il n’existe pas d’original dans les musées.

Depuis peu je me suis également intéressé au flageolet, un autre instrument à vent de la famille des flûtes “à biseau”. Peu de musiciens jouent de cet instrument, mais il pourrait se développer à l’avenir car, à l’inverse de la flûte à bec,  il n’a pas “disparu” après la période baroque, mais a connu un certain essor jusqu’à la fin du XIXe siècle, et même au delà. On trouve encore dans les salles de ventes des flageolets originaux, et j’ai pris comme modèles deux instruments que j’ai pu ainsi acquérir, l’un du milieu du XIXe siècle, l’autre sans doute du XVIIIe. A partir de ces deux originaux j’ai mis au point plusieurs modèles de style et de tessiture différents.

 

Depuis quelques mois, vous travaillez avec le Pôle Recherche et Innovation de l’ITEMM sur des nouvelles méthodes de mesure des instruments. Pouvez-vous nous dire en quoi cela consiste exactement et nous expliquer l’intérêt que vous y trouvez pour votre travail ?

Un de mes instruments originaux ne pouvait pas être démonté sans risquer de l’endommager, ce qui rendait difficile la prise de plusieurs mesures importantes, qu’il m’a fallu estimer au moment d’en faire ma première copie, avec évidemment un risque d’erreur. Le Pôle Recherche et Innovation de l’ITEMM m’a donné l’occasion de faire réaliser au CRT de Morlaix une imagerie tomographique de ce flageolet. Je dispose aujourd’hui grâce à cette technologie de toutes les mesures dont j’ai besoin. A l’avenir cette technologie permettra aux facteurs d’instruments d’accéder de façon non-destructive aux mesures d’instruments anciens, notamment ceux dont l’état ne permet pas le démontage. Il va sans dire que mesurer un instrument fragile sans y introduire d’outils métalliques constitue une garantie de ne causer aucun dommage.

J’ai découvert en 1988 lors d’un stage d’acoustique à l’IRCAM un logiciel de calcul d’impédance mis au point au LAUM, au Mans, repris ensuite par le Pôle Recherche et Innovation. Depuis lors je l’ai utilisé dans la phase de conception de chaque flûte que j’ai développée. Cet outil permet de simuler le fonctionnement d’un instrument avant la réalisation d’un premier prototype et permet un gain de temps et de précision considérable, ainsi qu’une économie de matière. Une preuve de l’efficacité de cette méthode se trouve dans le fait que certains de mes prototypes sont déjà suffisamment convaincants pour pouvoir être exposés dans des salons.

 

Pensez-vous que ces nouvelles méthodes de mesure puissent impacter positivement le travail de facteurs d’instruments. Si oui, comment ?

Les luthiers et facteurs n’ont pas attendu ces outils pour travailler sur la mise au point de leurs instruments, mais ils leur permettent aujourd’hui d’effectuer des recherches non destructives sur notre patrimoine instrumental.

Nous continuerons, évidemment de mesurer nos propres instruments avec des méthodes traditionnelles, car ces nouvelles méthodes sont coûteuses et non disponibles au quotidien. Cependant chaque fois qu’il s’agit d’examiner de près un instrument ancien fragile ou indémontable elles peuvent donner accès sans danger à toutes les mesures essentielles permettant d’en réaliser une reconstitution.

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