Voici une vidéo de Jean-François Tobias, de La Maison du piano historique (45), maître d’apprentissage de Martin Finnerty (CAP2P) et Adrien Rat Laclouère (CAP1P).
Préserver le patrimoine existant et lui redonner vie pour qu’il soit à nouveau utile constitue en soi une véritable démarche bas carbone.
Les instruments fabriqués au XIXᵉ siècle sont composés exclusivement de matières naturelles – bois, fer, laiton, colles et vernis d’origine animale, peaux, cuirs, ivoire – et ont traversé les siècles, les guerres, pour arriver jusqu’à nous. Leur beauté les a sauvés du temps. Pourtant, paradoxalement, en période de paix, ils sont aujourd’hui plus menacés que jamais.
Plutôt que de les reléguer à la déchetterie ou, pire, de les brûler, pourquoi ne pas leur offrir une seconde vie ? N’est-il pas plus raisonnable de réparer et valoriser les pianos qui ont fait vibrer nos aïeux, plutôt que d’importer des instruments neufs venus d’Asie, fabriqués à partir de matières synthétiques et polluantes ?
Au XIXᵉ siècle, il n’était pas nécessaire d’utiliser des robots ni de consommer d’énormes quantités d’électricité pour fabriquer un piano : tout était fait à la main, dans de véritables manufactures. Dans notre atelier, nous perpétuons cette tradition : démonter, réparer, régler – avec patience et savoir-faire. Ce geste artisanal, nous voulons le transmettre aux jeunes générations avant qu’il ne disparaisse à jamais.
Restaurer un piano ancien, ce n’est pas seulement redonner vie à un objet du passé : c’est changer notre regard sur le progrès. C’est rappeler que le progrès n’est pas toujours synonyme de produire du neuf à base de plastique ou de matériaux nocifs. C’est montrer aux jeunes qu’avec leurs mains, leur intelligence et leur créativité, ils peuvent encore faire naître de véritables instruments de musique, porteurs de sens et de beauté.
C’est, en somme, leur transmettre un savoir-faire, une confiance en eux et un art de vivre fondé sur la sobriété.

